Publié dans Poèmes aux longs Cours, Poésie ou Art poétique, au choix!

Autrefois, je me pendais…

Autrefois je me pendais
À l’arbre neuf jours
Durant neuf nuits
Navré d’une lance.

Autrefois je bus
À la source du géant
Acquérant le savoir
Par l’œil de la sagesse.

Autrefois je chevauchais
Un destrier au corps rugueux
Courant à perdre halène
De par les mondes épars.

Autrefois je volais
Dans les plumes noires
Des oiseaux voyageurs
Croassant aux quatre vents.

Autrefois je mordais
Avide les entrailles
Gardant la porte
De mon domaine.

Autrefois je lançais
Le fer aigu et durci
De ma longue pointe
Par-dessus les guerriers.

Autrefois j’enfantais
Des filles fières
Couvrant les tempêtes
Sur les champs de bataille.

Autrefois j’incantais
Sous mon manteau de sang
Appelant les forces
Selon mon vouloir.

Autrefois je lisais
Le destin dans les lots
Données par mon arbre
Murmurant les présages.

Autrefois je commandais
Une armée sans peur
Hurlante sous les peaux
Fidèle à mes desseins.

Autrefois je disparus
Des mémoires indolentes
Dans les profondeurs de l’oubli
Pourchassé par les robes grises.

Longtemps les froides saisons
Passèrent sur mes terres
Me contraignant à l’errance
Désabusé par les échos.

Longtemps un pauvre refuge
Accueillit mon âme affaiblie
Devenant fou dans cette prison
Misérable privé de mes sens.

Un jour je m’éveillais
Libéré de mes contraintes
Comme aux premiers instants
Ma fureur prit son envol.

Publicités

Grise Fiord de Gilles Stassart

« Grise fiord » (en inuktitut, Aujuittuq : « le lieu qui ne dégèle jamais ») est non seulement le titre de ce roman mais aussi le nom d’une communauté inuite située sur la pointe sud de l’Île d’Ellesmere, au Nunavut, à 1 140 km au nord du cercle arctique.
Plusieurs familles inuites venant d’Inukjuak ont été déplacées à Grise Fiord en 1953, sur ordre du gouvernement canadien qui leur promettait de meilleures conditions de chasse et la promesse de pouvoir réintégrer leur domicile. Sur place, ils ne trouvèrent aucune habitation, aucun bâtiment et très peu de gibier. Le Canada qui voulait affirmer sa souveraineté dans l’Arctique (vis-à-vis de l’Amérique surtout) leur retira son offre de rapatriement vers le sud et les contraignit à rester sur place et à s’adapter tant bien que mal à cet environnement hostile.
Ces quelques lignes pour résumer le contexte dramatique de ce roman dont le principal personnage est un descendant d’une de ces familles inuites : Guédalia a grandi entre une mère reniant la culture inuite traditionnelle (pour elle vouée à disparaitre et symbole de non adaptation) et un père luttant pour inculquer à ses fils les savoirs ancestraux. Pris entre deux mondes, le jeune homme ne sait comment s’adapter à un mode de vie imposé où les désillusions le mènent jusqu’au meurtre.

« Grise Fiord » est un vibrant témoignage des difficultés rencontrées par le peuple inuit à l’encontre de la culture blanche et des ravages que celle-ci a causé et cause encore parmi la nouvelle génération. Drogue, alcoolisme, délinquance sévissent dans les communautés de ces hommes à la dérive, privés de leur culture traditionnelle.
Si le thème de ce roman est clairement défini dès la première moitié (un voyage initiatique à travers le grand nord à la recherche d’une île sacrée), ensuite on perd définitivement le fil. On est soi-même perdu sur la banquise : le sens profond qui anime l’intention des personnages disparait. Leur comportement échappe à toute compréhension. L’histoire tourne un peu en rond et finalement le but n’est pas atteint.
La focalisation interne contribue à brouiller les pistes, elle saute d’un personnage à un autre, les conteurs sont multiples et l’on ne comprend pas toujours dans l’instant qui s’exprime. Cela demande une gymnastique intellectuelle un peu contraignante à la longue.
Je m’attendais, au-delà de l’hommage rendu à la population inuite et de la prise de conscience des difficultés qu’elle traverse pour s’adapter à la culture blanche, à un roman plus initiatique. Le rôle de la chamane Dalia est très complexe et intéressant, très approfondi, détenteur des savoirs et secrets de la communauté. On nous laisse supposer un rôle assez remarquable dans l’évolution de Guédalia. Hélas, elle ne comble pas les attentes.

Cette dernière phrase, je la reprends en conclusion : le roman ne comble pas mes attentes. J’avais l’eau à la bouche au départ : le style était direct, efficace, l’ambiance et l’intrigue étaient bonnes, mais que s’est-il passé dans la seconde partie ?

Pour en lire davantage sur le livre: Grise Fiord

grise fiord
Grise Fiord de Gilles Stassart
Publié dans A tous points de vue, je vais de mieux en mieux...

Méditation chocolatée

Vous avez des difficultés à méditer, cela vous parait trop abstrait et contraignant et votre esprit part vers les préoccupations du quotidien ? Je vous propose une méditation gustative pour lier cette activité à un moment de détente et de plaisir et pour vous reconnecter à vos sens. Préparez votre tapis, votre coussin et… un (ou deux si vous êtes vraiment gourmand) petit carré de votre chocolat préféré. Attention vous risquez de devenir accro !

Petits conseils pour bien débuter :

  • Portez des vêtements où vous vous sentez à l’aise, si possible en matière naturelle,

  • Trouvez un endroit calme (en intérieur comme en extérieur) sans bruits parasites,

  • Choisissez une posture où vous vous sentez à l’aise (couché ou assis en tailleur),

  • Si vous avez besoin d’une couverture (ou coussin) pour vous allonger (ou vous asseoir), la choisir en matière naturelle et si possible ne l’utilisez qu’à cet effet,

  • Soyez le plus détendu possible, méditer n’est pas une contrainte mais un plaisir, choisissez un moment de la journée où vous vous sentez réceptif,

  • N’ayez pris aucune drogue, ni alcool, médicament ou autre substance pouvant engendrer des troubles de la conscience ou de l’attention,

  • N’ayez pas trop mangé ou trop peu.

Dans le vif du sujet :

  • Mettez-vous en position (en tailleur est préférable pour cette séance),

  • Réservez 5 mn à vous mettre en condition en respirant calmement,

  • Fermez les yeux,

  • Mettez le chocolat dans votre bouche et laissez-le fondre doucement sur votre langue,

  • Prenez conscience de la diffusion de son arôme dans votre bouche,

  • Concentrez-vous bien sur les saveurs et sur les odeurs qui se diffusent en vous,

  • Suivez mentalement et sensitivement leurs trajets sans retenir les sensations, les souvenirs qui vous traversent,

  • Continuez la méditation jusqu’à la disparition du goût dans votre bouche.

Petits conseils pour bien terminer :

  • Prenez le temps de reprendre vos esprits,

  • Tenez un carnet de bord de vos expériences en y notant vos sensations, vos visions ou autres…

Le chocolat se prête bien à cette méditation, car il fond doucement et a la qualité de posséder des arômes très prononcés. Pour ceux qui ne sont pas des « fondus » de chocolats, choisissez un aliment facile à mastiquer avec un minimum de saveur et qui vous procure du plaisir. Les aliments sucrés sont pratiques à utiliser (bonbons ou sucettes pas trop gros).

Publié dans Poésie ou Art poétique, au choix!, Vers courts pour longs Temps

Vers courts pour longs Temps, saison 1, Temps 9

De la rive épie l’animal
Les lames tranchantes lacèrent les chevilles
Entravent la progression
Les pierres écorchent les pieds
De la rive observe l’animal
Le tourbillon incessant attaque les genoux
Freine le pas
Une branche fouette le visage
De la rive s’ébroue l’animal
L’écume ennemie frappe les membres
Brise le souffle
La peau n’est que lambeaux
De la rive s’impatiente l’animal
Le corps chavire sous l’effort
Rampe à quatre pattes
L’humain épuisé redevient animal
De la rive allonge l’animal l’échine
Sur la berge atteinte, museau à museau
Se prolonge la rencontre un instant
En quelques bonds
L’animal franchit la rivière…

Lire la suite de « Vers courts pour longs Temps, saison 1, Temps 9 »

Le Conte des Contes de Giambattista Basile

Où sont passés nos princes et princesses d’antan, nos belles à l’esprit aventureux et nos beaux à la trempe libertine ? Je les ai retrouvés dans ce mini recueil de contes de Giambattista Basile, choisis et traduits du napolitain par Myriam Tanant.
Déçues par les histoires édulcorées de Disney, Grimm et Perrault entre autres, je suis partie à la recherche des origines des contes qui ont bercé mon enfance. Et voilà que j’entends parler du « Conte des Contes », recueil du XVIIe siècle de contes populaires italiens recueillis par Basile, poète, écrivain, écumeur de taverne sans doute à l’écoute des marins, des marchands racontant ces récits venus de la nuit des temps, remaniés et véhiculés au gré de la culture des narrateurs.

Lire la suite de « Le Conte des Contes de Giambattista Basile »