Tourner la Page de Auður Jónsdóttir

Eyja, jeune fille d’une vingtaine d’années, mariée avec un homme de vingt ans son ainé et accessoirement alcoolique, se voit offrir la possibilité de « Tourner la page » : sa grand-mère lui donne 100 000 couronnes si elle quitte son mari et part en Suède avec la cousine Runa. Cet éloignement lui permettra de terminer son roman, de rompre avec le Coup de Vent mais aussi de faire le point sur son passé et celui de sa famille.
Auður Jónsdóttir a publié jusqu’ici six romans depuis ses débuts en 1997 et a été primée plusieurs fois. « Tourner la page » est son seul roman traduit en français à ce jour. Tout comme l’héroïne de son roman, elle est la petite-fille d’un auteur islandais célèbre, Halldór Laxness que l’on ne présente plus.
D’emblée Auður Jónsdóttir déroute par son style très particulier : les lieux, les époques se mêlent, les personnages se chevauchent, difficile parfois de suivre le rythme effréné des situations sans y perdre le nord ! Petit à petit comme l’on met en place les pièces d’un puzzle, l’histoire personnelle de Eyja se dessine et le fil de sa vie devient plus clair. À la lumière des anecdotes sur ses ascendants, le jour se fait finement sur les mauvais choix et penchants du personnage. Il faut donc s’accrocher dans une grande partie de la lecture assez décousue pour comprendre les cheminements psychologiques de l’intrigue.
Il faut jongler dans le déroutant affrontement du présent, du passé et du futur : si le récit est bien raconté au présent , de nombreux flash-back apparaissent régulièrement dans les chapitres afin de situer le personnage principal dans la saga familiale. Mais ce présent n’est que le passé d’un futur déjà en place : certains chapitres relatent l’histoire de l’héroïne plusieurs années après son voyage en Suède.
Les personnages secondaires (en dehors de la famille) portent des surnoms très symboliques, on ne s’encombre donc pas de noms islandais imprononçables et sans intérêt, ce qui simplifie grandement la lecture et a le mérite de situer chacun dans son rôle en un seul coup d’œil (ex : Coup de Vent, Reine du Ski…), ce qui se rapproche assez de la lecture des sagas traditionnelles.
Je retrouve dans ce roman divers thèmes chers à beaucoup d’auteurs islandais contemporains : les voyages (initiateurs de changements), les rudesses du climat, l’alcoolisme, la complexité des rapports humains au sein des familles, la place du destin dans les choix de vie, le poids du passé des ancêtres entre autre, qui ne sont pas si loin des sujets déjà abordés en d’autres temps dans la littérature islandaise médiévale.

Pour en savoir plus: Tourner la page de Auður Jónsdóttir

 

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Publié dans Poésie ou Art poétique, au choix!, Vers courts pour longs Temps

Vers courts pour longs Temps, Saison 1, Temps 6

Vibre l’armure du destin
Brillent les auréoles stellaires
Sait lire vieille femme
Le secret de leur frisson.
Contemplent les yeux le reflet
Scintillent les fils d’argent.
Se pose l’index
Sur la trame du demain
Change la couleur
Saisit vieille femme la nuance.
« Bien mal avisé celui qui se croit seul maître de son avenir,
Plaisent aux Dames Tisseuses
De tirer les fils à leur convenance
Quand s’efface le dessein »

*****

En mon sein repose
Enfant de lumière
Nourrit de ta pure clarté mon corps
Comme je nourris tes éclats de lueurs divines
Crie aux quatre vents
L’amour qui porte ton armée
Entend ta clameur
Se dresse en nuée ondulante
Dans l’ombre et le silence
Solidaire et radieuse
Se transporte jusqu’à nous
Tes porteurs d’âme.

Venu est le temps…

*****

S’emballe le cheval sauvage
Chevauche la cavalière
Hors des sentiers connus,
Guerrière désarmée,
Vulnérable est le corps,
Belle Dame l’a entendu,
Apprivoise le fougueux étalon
Bride au pas l’allure,
Maîtresse et monture
Entrent dans le combat
Dompté est le cœur,
Belle Dame sourit.

Publié dans Nouvelles, Histoires courtes et autres contes...

Ballade nord irlandaise ou presque

Il y a quelques mois, sur le site Scribay j’ai participé à un défi sur le sujet suivant:

Choisissez une chanson que vous aimez bien puis avec les paroles créez une histoire une poésie peut importe vous pouvez changer les paroles de la chanson mais ça doit avoir un rapport.
AMUSEZ VOUS BIEN !!!!

Je ne peux pas vous priver de ce chef d’œuvre de la littérature française que j’ai écrit pour la circonstance et qui j’ose l’espérer laissera un souvenir mémorable à mes lecteurs. J’ai donc décidé de vous présenter ma version unique de la Ballade Nord-irlandaise, texte librement, très librement, voire trop librement inspiré de cette chanson de Renaud.
Bonne lecture à tous!

Grande fan de Bourvil, j’ai voulu planter un oranger. Au départ j’ai mal choisi l’endroit, il faut le dire ! Question pays, climat et politique, cette île au nord, c’était pas l’idéal pour la plantation. Là-bas on ne récoltait que des grenades très mûres et dégoupillées en plus, qui vous tombaient par saison, si vous n’y preniez pas garde, sur le coin de la chetron.
Jusqu’à Derry sur mon rafiot, j’ai navigué toujours avec mon agrumier. Par le hublot, j’ai aperçu à terre des mecs chelous occupés à se filer des marrons, des pêches dans la poire. Pour faire diversion, je leur ai crié :« Je viens planter un oranger », ils m’ont ri au nez.
« Buvons un verre, allons pêcher ! » ai-je dit afin de détourner leur attention, j’ai alors sorti mes canettes, mon pot de marmelade, ma canne à pêche et mon harpon. Après quelques verres, ils ont commencé à chanter, plus question de pêche, tous les poissons avaient fui en entendant leur concert.
« Tuez vos dieux » ai-je lancé, il fallait bien les occuper un peu vu que l’activité pêche avait été annulée. Armés de haches, ils abattirent une croix, « Détachez-moi d’abord crétins », entendit-on, c’était Jésus face contre terre qui protestait. Il nous remercia de l’avoir libéré, se gratta le nez car ça faisait plus de mille ans que cela le démangeait. « Je viens planter un oranger » lui dis-je, « Laisse béton », me répondit-il : il ne pouvait rien pour moi, même pas un petit miracle, car ce sont les hommes pas les curés, encore moins les prophètes qui font pousser les orangers. Alors là, facile, mais je n’eus pas le temps de protester, il était déjà parti se dégourdir les jambes au petit trot.
J’ai enfin réussi à planter mon oranger, sous serre, c’était la seule solution envisageable, après un apport régulier d’engrais, il a fleuri. Jésus est repassé voir où j’en étais dans mon jardinage, il a voulu goûter les fruits sucrés de sa liberté: « Heureusement que tu as opté pour un oranger parce que les pommes, tu sais où ça nous a mené… »

L’original de cette nouvelle est sur Scribay, c’est par ici!

L’original de la chanson de Renaud est sur Youtube, c’est par ici!

Publié dans Nouvelles, Histoires courtes et autres contes...

Le Manteau de Balder

Saviez vous que Balder possédait un manteau ? Un manteau aussi blanc que l’étaient ses cheveux. Dès qu’il le revêtait et rabattait la capuche, il ne faisait plus qu’un avec lui et devenait invisible. Dès qu’il ôtait celle-ci, il devenait à nouveau visible, mais sa beauté s’en trouvait décuplée et personne ne pouvait lui résister. Ainsi était-il capable de convaincre n’importe qui de se rallier à son opinion. En bien des circonstances, ce manteau sauva la mise des Dieux lors de négociations, de tractations avec les ennemis d’Asgard quand Balder était envoyé en mission diplomatique, ce qui arriva de plus en plus par la suite. On dit même que plusieurs fois Balder s’en servit pour sauver la tête de Loki.
Je ne sais pas si cela est vrai mais cela se peut sachant que c’est effectivement Loki qui l’offrit à Balder ! L’a-t-il fait consciemment connaissant l’attachement que ce dernier lui témoignait ? Rien n’est plus sûr ! Le fait est que Loki le fit tisser par les nains qu’il paya avec une magnifique pierre précieuse enchantée appartenant à Odin. Toujours jura-t-il qu’il ignorait qu’elle fut à Odin, car il prétendait l’avoir trouvée près du puits de divination qu’utilisait quotidiennement Frigg. Chacun avait son idée sur la manière dont il se l’était véritablement procurée, mais tout le monde se tut de peur de voir Loki s’engager dans ses sempiternelles diatribes dont aucun ne sortait généralement indemne nerveusement et physiquement !
Quoi qu’il en soit Odin avait récupéré sa pierre avec l’aide de Heimdall qui avait en permanence un œil dans les mondes et l’autre sur Loki. Le mal avait été réparé avec l’aide précieuse du trésor d’or et de merveilles d’Odin qui avait connu quelques pertes : il avait dû racheter sa pierre et payer compensation pour le manque à gagner qu’occasionnait la reprise de celle-ci pour les nains.
Balder y gagna un manteau, Loki la gratitude de Balder et le ressentiment d’Odin qui, lui, n’y gagna absolument rien… mais après mûres réflexions et quand sa contrariété se fut envolée, il convint que ce vêtement serait fort utile dans les affaires d’Asgard. Il permit à Balder de le garder et de l’utiliser à sa convenance seulement si celui-ci se mettait à disposition vêtu de son bel habit lors de délicats pourparlers avec les coriaces adversaires, car nul autre que le dieu lumineux ne pouvait bénéficier de ses pouvoirs.
Sur tout autre que lui, il n’avait aucun effet, cela contraria Odin au premier abord quand il l’essaya loin des regards, mais il s’était dit que c’était un mal pour un bien : si sur lui aucun effet n’était visible, il était probable que sur Loki il n’y en aurait pas plus quand celui-ci aurait l’idée de l’emprunter, ce qui arriverait tôt ou tard.
Les nains sont perfectionnistes de nature et ont la fâcheuse manie d’améliorer les commandes passées sans en informer leur solliciteur. Il en fut de même pour le manteau de Balder, les indications reçues avaient été suivies à la lettre mais quelques modifications s’étaient glissées dans le cahier des charges et avaient échappé à l’attention de Loki. Ce n’est que bien plus tard qu’il découvrit fortuitement de quoi il s’agissait, ce qui fournira matière à une autre histoire.
Enfin Balder décida tout de même de n’utiliser son beau manteau pour son usage propre qu’en la saison d’hiver pour éviter que son père ne lui en tint trop rigueur, ainsi sa belle lumière était cachée sous le tissage magique et à la saison chaude, il s’en découvrait, sa lumière était visible de tous.

« Voici donc mon bien aimé
Un présent qui t’est destiné,
Rien pour toi n’est trop beau
Que cet éclatant manteau.

Des rayons du soleil naissant
Pour toi mon bel amant
À tes cheveux au blanc pareil
S’accorde à merveille.

Un ouvrage par les nains tissés
Pour toi mon compagnon adoré,
Un trésor par mes soins envoyés
Des profondeurs embrumées.

– Voici donc mon bien aimé
Un présent qui m’est destiné,
Rien pour moi n’est trop beau
Que cet éclatant manteau.

Qu’as tu donc engagé
Pour obtenir cette pure beauté ?
Quel prix as tu payé
Pour cette folie qui t’as traversé ?

– Qu’ai-je donc engagé
Pour cette folie qui m’as traversé ?
Que peu en vérité
Pour te voir ainsi paré.

Du bel éclat de l’astre grand
Jour et nuit tu brilleras dorénavant,
Aucune ombre ne barrera
Ton sourire au doux éclat.

Au-dessus des mers tu voyageras
Quand le ciel incandescent blanchira,
Par le vent tu sèmeras
Invisible dans le souffle délicat.

– Je sais reconnaitre, mon ami
De ce don le haut prix,
Pour quelle manigance habile
As-tu couru inutile péril ?

– M’en veux tu de t’aimer
Bien plus que tous les êtres rassemblés ?
Majestueuse est ta lumière,
Elle est plus que ma vie entière.

En mon nom j’ai échangé
Une gemme si finement enchantée
Par notre père égarée
Que les elfes n’ont pu résister !

Par un hasard heureux
Et de son œil valeureux,
Il a son anneau retrouvé
Dans l’antre des fils cachés !

– Je ne puis donc accepter
Par respect pour mon ainé
De par-devant lui porter
Ce cadeau ainsi amené.

Tout le mois sombre il me protègera
Des traits obscurs si bas,,,
Tout le mois clair il demeurera
À l’abri de tout aléa.

Me voilà donc vêtu
D’un habit inattendu,
Un bien avantageux atour
Pour briller tout le jour.

Un séduisant attrait
Pour mieux les troubler,
Et pour toi mon bel amant
Je m’en servirai plus que souvent. »